Le 20 mai 2026, le consortium AION a annoncé la création d’une gigafactory de l’intelligence artificielle en France. Iliad, Orange, EDF, Capgemini, Bull, Scaleway, Hugging Face et 21 autres entreprises investissent 10 milliards d’euros pour doubler la puissance de calcul du pays. Un projet ambitieux qui soulève autant d’espoirs que de questions.
L’essentiel en 30 secondes
- Qui : 28 entreprises françaises réunies dans le consortium AION
- Combien : 10 milliards d’euros d’investissement (4 milliards pour Iliad seul)
- Quoi : Une gigafactory IA de 100 MW extensible à 1 GW
- Pourquoi : Doubler la puissance de calcul de la France et garantir la souveraineté numérique européenne
- Contexte : Réponse à l’appel d’offres AI Gigafactories de la Commission européenne
Qu’est-ce qu’une AI Gigafactory ?
Le terme « gigafactory » vient de Tesla, qui a popularisé le concept de méga-usines pour la production de batteries. Appliqué à l’intelligence artificielle, il désigne des centres de calcul colossaux capables d’entraîner et d’exécuter des modèles d’IA à une échelle industrielle.
Le programme européen EuroHPC distingue deux niveaux. Les AI Factories mobilisent au minimum 25 000 puces avancées. Les AI Gigafactories, le tier supérieur, en exigent plus de 100 000. C’est ce seuil que le consortium AION vise à franchir.
L’objectif annoncé : une puissance initiale de 100 mégawatts, extensible jusqu’à 1 gigawatt soit l’équivalent de la consommation d’un réacteur nucléaire entier. À cette échelle, on ne parle plus de cloud computing classique mais d’infrastructure souveraine capable de rivaliser avec les hyperscalers américains.
Le consortium AION : l’équipe de France de l’IA
Le consortium AION n’est pas un groupement ordinaire. Il rassemble des acteurs de toute la chaîne de valeur du numérique, des infrastructures aux applications, en passant par le financement. Une coalition inédite par sa diversité et son ampleur.
Les membres clés du consortium AION
| Entreprise | Rôle dans le consortium |
|---|---|
| Iliad (Xavier Niel) | Leader de l’investissement (4 milliards d’euros) |
| Orange | Infrastructure réseau et connectivité |
| EDF | Sites industriels avec raccordement électrique direct |
| Capgemini | Intégration et services numériques |
| Bull (Atos) | Supercalculateurs et systèmes critiques |
| Scaleway | Cloud souverain et hébergement (filiale Iliad) |
| Hugging Face | Plateforme de modèles open source et communauté IA |
| Kyutai | Recherche en IA ouverte et modèles de langue |
| SiPearl | Processeurs européens (architecture RISC-V) |
| VSORA | Processeurs et semi-conducteurs européens |
| LighOn | IA optique et hardware spécialisé |
| Nokia | Équipements réseau et télécommunications |
| Ardian | Investissement et financement |
| Crédit Agricole | Financement bancaire |
| Artefact | Conseil et mise en œuvre de l’IA |
Parmi les autres membres : Multiverse Computing, Verne, Quandela, OpCore, InfraVia, Sopra Steria, et d’autres acteurs de l’écosystème tech français.
Damien Lucas, directeur général de Scaleway, résume l’ambition du consortium avec une phrase qui fait mouche : « Toutes les entreprises vont utiliser l’IA, la question c’est : où est-ce qu’on la fabrique ? » Le sous-texte est limpide : si l’Europe consomme de l’IA sans la produire, elle deviendra un simple client des géants américains et chinois.
10 milliards : pour faire quoi exactement ?
Le chiffre impressionne. Mais que couvre-t-il concrètement ?
- Infrastructure physique : Construction ou reconversion de sites industriels (EDF dispose d’anciens sites avec un raccordement électrique direct, un atout majeur pour des installations de cette puissance)
- Hardware : Acquisition de plus de 100 000 puces de calcul avancées, dont certaines issues des lignes SiPearl et VSORA pour la souveraineté des processeurs
- Réseau et connectivité : Interconnexion haut débit entre les différents centres, avec le support d’Orange et Nokia
- Énergie : Alimentation électrique dédiée, négociée avec EDF pour garantir un coût compétitif sur la durée
- Logiciels et modèles : Plateformes IA open source (Hugging Face), recherche fondamentale (Kyutai), et intégration industrielle (Capgemini, Bull)
- Talents : Formation et recrutement d’ingénieurs spécialisés en IA et en systèmes distribués
Iliad porte à lui seul 4 milliards d’euros sur les 10 milliards totaux. Un engagement massif qui confirme la stratégie de Xavier Niel de positionner le groupe comme un acteur infrastructurel de premier plan, au-delà de ses activités historiques de télécom.
Calendrier du projet
Souveraineté : pourquoi la France ne veut plus dépendre des États-Unis
Derrière l’annonce industrielle se cache une question géopolitique. Aujourd’hui, l’essentiel de la puissance de calcul mondiale est concentrée aux États-Unis. Les entreprises européennes qui entraînent des modèles d’IA le font majoritairement sur des infrastructures américaines : AWS, Google Cloud, Microsoft Azure.
Dépendance actuelle aux USA
- Les hyperscalers américains dominent le cloud IA mondial
- Les données européennes transitent et sont traitées hors UE
- Les puces avancées (Nvidia) sont sous contrôle américain avec restrictions à l’export
- Risque géopolitique : un changement de politique américaine peut couper l’accès
- Conformité RGPD : zone grise quand les données quittent l’Europe
Atouts de la souveraineté européenne
- Données stockées et traitées sur le sol européen
- Conformité RGPD native, sans transfert transatlantique
- Processeurs européens SiPearl et VSORA (RISC-V) pour réduire la dépendance
- Contrôle industriel : l’Europe décide de ses propres priorités IA
- Création d’un écosystème tech autonome, de la puce au modèle
Le contexte mondial : USA vs Chine vs Europe
Le projet AION ne naît pas dans un vide. Il est une réponse à une course mondiale au calcul IA où l’Europe accuse un retard structurel.
Aux États-Unis, OpenAI, Google et Microsoft investissent chacun des dizaines de milliards de dollars dans leurs infrastructures. Les data centers IA américains consomment déjà plusieurs gigawatts. Le marché du capital-risque IA y dépasse les 100 milliards de dollars annuels.
La Chine, malgré les restrictions américaines sur l’export de puces, avance massivement. Baidu, Alibaba et Tencent déploient leurs propres clusters. Pékin a annoncé un plan national de 150 milliards de dollars pour les infrastructures numériques d’ici 2030. La Chine développe également ses propres puces (Huawei Ascend) pour contourner les sanctions.
L’Europe, elle, joue le rattrapage. Le fonds européen de 20 milliards d’euros pour les infrastructures IA est significatif, mais reste d’un ordre de grandeur inférieur aux investissements américains et chinois. Le consortium AION, avec ses 10 milliards, représente l’engagement privé le plus massif jamais annoncé sur le continent.
La question n’est pas de savoir si l’Europe peut battre les États-Unis ou la Chine sur le volume. Elle est de savoir si elle peut construire un écosystème viable qui ne la laisse pas dépendante des autres.
Les défis et risques du projet
Les points de vigilance
- Coordination à 28 : Faire travailler ensemble des concurrents (Orange et Iliad, par exemple) est un exercice inédit. Les divergences d’intérêts pourraient ralentir le projet.
- Hardware : SiPearl et VSORA sont prometteurs mais encore à un stade précoce. La gigafactory pourra-t-elle se passer de puces Nvidia au démarrage ?
- Énergie : 1 GW de consommation électrique, c’est colossal. Même avec EDF, la question du mix énergétique et du coût sur 20 ans reste ouverte.
- Talents : L’Europe forme encore trop peu d’ingénieurs IA par rapport aux États-Unis et à la Chine. La guerre des talents fera rage.
- Rythme : D’ici la mise en service en 2028, les hyperscalers américains auront encore accru leur avance. Le retard se creuse pendant que l’Europe planifie.
- Effet d’annonce : 10 milliards annoncés ne valent pas 10 milliards dépensés. Le financement effectif, les engagements contractuels et les jalons restent à préciser.
Ce que ça change pour vous
Même si vous n’êtes pas ingénieur IA, ce projet vous concerne directement.
- Vos données : Si la gigafactory voit le jour, vos données personnelles et professionnelles auront plus de chances de rester en Europe, avec les protections du RGPD.
- L’emploi : Un projet de cette ampleur créera des milliers d’emplois qualifiés, en France et en Europe, dans l’IA, l’ingénierie et la construction.
- Les PME : Un accès à une puissance de calcul souveraine pourrait permettre aux startups et PME européennes d’entraîner leurs propres modèles sans dépendre d’AWS ou Google Cloud.
- Les services publics : L’administration, la santé et la défense auront accès à des infrastructures IA conformes aux exigences de souveraineté nationale.
- Le prix : La concurrence entre une offre européenne et les hyperscalers américains pourrait faire baisser les coûts du cloud IA pour tous.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le consortium AION ?
AION est un groupement de 28 entreprises françaises annoncé le 20 mai 2026, qui investissent collectivement 10 milliards d’euros dans la création d’une gigafactory de l’intelligence artificielle en France. Le consortium répond à l’appel d’offres AI Gigafactories de la Commission européenne.
Quelle est la différence entre une AI Factory et une AI Gigafactory ?
Selon la classification EuroHPC, une AI Factory dispose d’au moins 25 000 puces avancées. Une AI Gigafactory en exige plus de 100 000, avec une puissance électrique de 100 MW à 1 GW. C’est le seuil que vise le consortium AION.
Pourquoi la souveraineté numérique est-elle importante ?
Dépendre d’infrastructures étrangères pour l’IA pose des risques géopolistiques (coupure d’accès), juridiques (conformité RGPD) et économiques (tarifs dictés par des acteurs étrangers). La souveraineté numérique permet à l’Europe de maîtriser sa chaîne de valeur technologique.
Qui finance les 10 milliards ?
Les 28 entreprises du consortium, avec Iliad en tête à 4 milliards. Le projet peut également bénéficier du fonds européen de 20 milliards d’euros dédié aux infrastructures IA, sous réserve de sélection dans le cadre de l’appel d’offres EuroHPC.
Quand la gigafactory sera-t-elle opérationnelle ?
La première phase (100 MW) est prévue pour 2028. La montée en puissance vers 1 GW est visée pour 2030-2031. Ces échéances restent indicative et dépendront de la sélection par la Commission européenne et de la réalisation des investissements.
Quiz : Testez vos connaissances
Quiz Gigafactory IA
1. Combien d’entreprises composent le consortium AION ?
2. Quelle est la puissance cible de la gigafactory à terme ?
3. Combien Iliad investit-il dans le projet ?
Sources et références
- Commission européenne, programme EuroHPC et appel d’offres AI Gigafactories : digital-strategy.ec.europa.eu
- Consortium AION, annonce du 20 mai 2026
- Iliad / Scaleway, communications sur l’investissement de 4 milliards d’euros
- EuroHPC JU, classification AI Factories et AI Gigafactories
- SiPearl, processeurs européens haute performance : sipearl.com
- Hugging Face, plateforme de modèles open source : huggingface.co







