IPTV illégale : la LFP obtient un blocage inédit des registrars Namecheap et Dynadot en Europe

Le 13 mai 2026, le président du Tribunal judiciaire de Paris a ordonné à Namecheap et Dynadot, deux bureaux d’enregistrement majeurs, de bloquer des noms de domaine liés à des sites de streaming et d’IPTV illicites. Une première en Europe qui change radicalement la lutte contre le piratage sportif.

L’essentiel en 30 secondes

  • Décision : Le Tribunal judiciaire de Paris ordonne à Namecheap et Dynadot de bloquer/suspendre des noms de domaine de sites IPTV/streaming illégaux.
  • Première européenne : On ne vise plus seulement les FAI, DNS ou VPN, mais directement les registrars (bureaux d’enregistrement de noms de domaine).
  • Contexte : La LFP et LFP Media luttent contre le piratage des matchs de Ligue 1 et Ligue 2. Manque à gagner estimé à plus de 100 millions d’euros cette saison pour Ligue 1+.
  • Échelle : Environ 10 millions de Français consomment du sport via IPTV illégale. 1,5 milliard d’euros perdus chaque année.
  • Arsenal : Article L.333-10 du Code du sport, blocage IP testé à Roland-Garros, proposition de loi Lafon pour automatiser les blocages.
  • Sanctions : Jusqu’à 7 500 euros d’amende pour les utilisateurs (loi de 1986). Vingtaine de condamnations à Arras.

La décision historique contre Namecheap et Dynadot

La Ligue de Football Professionnel et sa filiale commerciale LFP Media viennent de marquer un point décisif dans leur bataille contre le piratage des matchs de Ligue 1 McDonald’s et de Ligue 2 BKT.

Jusqu’ici, la lutte contre le piratage sportif reposait surtout sur le blocage d’accès : empêcher un internaute français d’atteindre un site pirate via son FAI, son DNS ou son VPN. En visant directement les bureaux d’enregistrement, la LFP attaque une couche plus profonde de l’infrastructure.

Suspendre ou bloquer un nom de domaine revient à rendre le site beaucoup plus difficile à exploiter, à déplacer et à monétiser. La justice française reconnaît que les registrars peuvent être mis à contribution pour faire cesser des atteintes répétées aux droits audiovisuels sportifs.

Pourquoi viser les registrars change tout

Les réseaux IPTV illégaux reposent sur des infrastructures mouvantes : relais à l’étranger, canaux privés, systèmes de paiement difficiles à tracer. Bloquer l’accès via un FAI ne supprime pas le site. Les opérateurs changent simplement de nom de domaine et recommencent.

En frappant au niveau du registrar, on coupe le site à la racine. Impossible de transférer le domaine vers un autre prestataire. Le site devient inutilisable sans reconstruction complète de son identité en ligne.

🔴 Le piratage IPTV en chiffres

  • ~10 millions de Français consomment du sport/TV via IPTV illégale.
  • 1,5 milliard d’euros perdus chaque année à cause du piratage IPTV.
  • 100+ millions d’euros de manque à gagner pour Ligue 1+ cette saison.
  • Abonnements IPTV illégaux à 50-100 euros/an seulement.

✅ L’arsenal anti-piratage

  • Article L.333-10 du Code du sport : injonctions dynamiques depuis 2022.
  • Blocage IP temps réel testé pendant Roland-Garros (depuis le 18 mai).
  • Proposition de loi Lafon : automatiser les blocages sans passer par l’Arcom.
  • VPN bloqués : CyberGhost, ExpressVPN, NordVPN, ProtonVPN, Surfshark visés (déc. 2025).

L’arsenal anti-piratage qui s’étoffe

La décision contre Namecheap et Dynadot s’inscrit dans une offensive globale. Depuis 2022, la France a renforcé son arsenal avec les injonctions dynamiques prévues par l’article L.333-10 du Code du sport. Ce mécanisme permet aux ayants droit de demander rapidement le blocage de nouveaux sites pirates identifiés pendant une compétition.

L’Arcom indique que les mesures de blocage se sont progressivement étendues à de nouveaux intermédiaires : FAI, moteurs de recherche, DNS alternatifs, VPN et désormais registrars. Cette logique traduit une volonté claire : ne plus courir uniquement après les sites pirates, mais neutraliser l’écosystème technique qui les rend accessibles.

Le blocage IP en temps réel

Un premier test de blocage IP a eu lieu dès Roland-Garros avec une dizaine d’adresses IP bloquées. La Coupe du monde 2026 servira de véritable test grandeur nature. beIN Sports a également assigné les principaux opérateurs français (Orange, Free, Bouygues, SFR) pour obtenir un blocage massif et préventif avant le coup d’envoi.

À terme, le secteur sportif espère pouvoir bloquer jusqu’à 10 000 adresses IP simultanément.

La proposition de loi Lafon

Le texte prévoit de simplifier les procédures de blocage en permettant aux chaînes et fédérations sportives de transmettre directement des listes d’adresses IP et de noms de domaine aux opérateurs et intermédiaires techniques, sans passer systématiquement par l’Arcom.

⚠️ Sanctions pour les utilisateurs

La loi de 1986 prévoit des amendes allant jusqu’à 7 500 euros pour les consommateurs de streaming illégal. À Arras, une vingtaine de condamnations ont déjà été prononcées, avec des amendes allant jusqu’à 400 euros.

Le message est clair : le risque n’est plus seulement du côté des fournisseurs, mais aussi des consommateurs.

Les limites et défis restants

Cette décision marque une étape importante, mais elle ne suffira pas à elle seule à faire disparaître le piratage sportif. Les réseaux IPTV illégaux reposent sur des infrastructures mouvantes. Chaque mesure de blocage entraîne de nouvelles stratégies de contournement.

Pour la LFP, l’enjeu est double : accélérer les blocages techniques tout en rendant l’offre légale plus attractive. Car le piratage prospère aussi sur la fragmentation des abonnements, les prix jugés élevés et la facilité d’accès aux services illégaux.

Ce qui arrive ensuite

La Coupe du monde 2026 sera le premier véritable test grandeur nature du blocage IP massif. beIN Sports a lancé une vaste offensive judiciaire pour obtenir un mécanisme de blocage dynamique avant même le début de la compétition.

La proposition de loi Lafon, si elle est adoptée, pourrait accélérer considérablement les procédures de blocage. L’Arcom prépare également des accords-types destinés à éviter une multiplication des conflits judiciaires.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un registrar ?

Un registrar est un bureau d’enregistrement de noms de domaine. Namecheap et Dynadot sont deux des plus grands registrars américains. Ils gèrent la réservation et la gestion technique des noms de domaine (.com, .net, etc.).

Pourquoi cette décision est-elle une première en Europe ?

Jusqu’ici, les actions judiciaires visaient les FAI, les DNS alternatifs ou les VPN. C’est la première fois en Europe qu’un tribunal ordonne directement à des registrars de bloquer des noms de domaine liés au piratage.

Quel est le coût du piratage IPTV pour le football français ?

Le manque à gagner est estimé à plus de 100 millions d’euros cette saison pour la chaîne Ligue 1+. Au niveau national, 1,5 milliard d’euros sont perdus chaque année à cause du piratage IPTV.

Risquerais-je une amende en regardant un match via IPTV illégale ?

Oui. La loi de 1986 prévoit des amendes jusqu’à 7 500 euros. Des condamnations ont déjà été prononcées, comme à Arras où une vingtaine de personnes ont été condamnées à des amendes allant jusqu’à 400 euros.

Qu’est-ce que le blocage IP en temps réel ?

Au lieu de bloquer uniquement les noms de domaine, on bloque directement les adresses IP des serveurs hébergeant les flux IPTV pirates. C’est plus efficace car un même serveur peut héberger des centaines de sites avec des noms différents.

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