OIT traité livreurs Uber Eats Deliveroo : 435 millions de travailleurs concernés, ce que ça change pour la France

Le 12 juin 2026, à Genève, les délégués de l’Organisation internationale du travail ont scellé d’un coup de marteau un texte que les livreurs Uber Eats et Deliveroo attendaient depuis des années. La toute première convention internationale sur le “travail décent dans l’économie des plateformes” a été adoptée par 406 voix pour, 8 contre, 36 abstentions. Pour la première fois, des États s’engagent à garantir un socle de droits aux 435 millions de travailleurs qui, dans le monde, gagnent leur vie via une application. En France, ce sont plus de 200 000 livreurs et chauffeurs VTC qui pourraient être concernés.

Le texte ne changera rien du jour au lendemain. Il doit d’abord être ratifié par au moins deux pays, puis transposé dans le droit national, ce qui prend en général entre un an et dix-huit mois. Mais le signal envoyé est considérable : pendant des années, Uber, Deliveroo et consorts ont classé leurs travailleurs en “indépendants” pour s’affranchir du droit du travail. Cette convention ferme la porte à cette ambiguïté. Voici ce qu’elle change, et ce qu’elle ne change pas.

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L’essentiel en 30 secondes

  • Convention OIT adoptée le 12 juin 2026 à Genève par 406 voix pour, 8 contre, 36 abstentions.
  • 435 millions de travailleurs des plateformes (Uber, Deliveroo, Bolt, VTC, livreurs) sont concernés dans le monde.
  • Cinq piliers : statut juridique clarifié, protection sociale, salaire minimum, santé-sécurité, transparence des algorithmes.
  • En France : plus de 200 000 livreurs et chauffeurs VTC sont concernés, mais le texte doit être ratifié puis transposé.
  • Calendrier : entrée en vigueur 12 mois après ratification par 2 États, puis application 12 mois après ratification nationale.
  • Réserves américaines : les États-Unis ont freiné les négociations, mais ne peuvent pas bloquer le texte à eux seuls.

Que contient vraiment le texte adopté par l’OIT

La convention a un objectif simple : mettre fin à la zone grise juridique dans laquelle vivent les livreurs, chauffeurs VTC, prestataires de services à la personne, et tous les autres travailleurs qui gagnent leur vie via une plateforme numérique. Pendant des années, ces entreprises ont classé leurs travailleurs en “indépendants”, ce qui leur permettait d’échapper au salaire minimum, aux cotisations sociales, à la protection contre les accidents du travail, et aux droits syndicaux.

Le texte adopté vendredi s’attaque frontalement à ce modèle. Il s’articule autour de cinq piliers concrets, qui engagent les États signataires à transposer dans leur droit national.

🛡️ Ce que la convention impose

  • Statut juridique clarifié : les plateformes ne pourront plus classer automatiquement les travailleurs en “indépendants” pour contourner le droit du travail.
  • Protection sociale : accès effectif à la sécurité sociale, assurance maladie, accidents du travail, retraite, chômage.
  • Salaire minimum garanti : respect du salaire minimum national lorsqu’il s’applique, et paiement intégral dans les délais.
  • Santé et sécurité : obligation pour les plateformes de garantir des conditions de travail sûres, et protection contre les violences et le harcèlement.
  • Transparence des algorithmes : les travailleurs devront être informés des critères utilisés pour fixer leur rémunération, leur attribuer des tâches, ou les sanctionner.

⚖️ Ce que la convention ne change pas

  • Pas d’effet immédiat : le texte doit d’abord être ratifié par 2 États, puis transposé. Délai minimum : 2 ans.
  • Pas de statut unique : chaque pays reste libre de déterminer si un travailleur est salarié ou indépendant, selon ses propres critères.
  • Exclusions limitées possibles : les États peuvent exclure certaines catégories, à condition de le justifier.
  • Pas contraignant pour les plateformes : la convention s’impose aux États, pas directement à Uber, Deliveroo ou Bolt.
  • Pas de salaire minimum européen : la convention renvoie aux salaires minima nationaux quand ils existent.

Pourquoi cette convention est un tournant historique

Pour bien comprendre l’importance du texte, il faut revenir à la naissance de l’économie des plateformes. Quand Uber a débarqué en France en 2012, le modèle était radical : pas de chauffeurs salariés, pas de locaux, pas de flottes. Juste une application qui met en relation un client et un travailleur “indépendant”. Ce statut, c’était l’argument-massue pour expliquer pourquoi Uber n’était pas soumis au droit du travail, aux charges sociales, et au salaire minimum.

Puis le modèle s’est étendu. Livreurs de repas, coursiers, prestataires de ménage, promeneurs de chiens, électriciens, plombiers. Toute une économie s’est construite sur ce flou juridique. Pendant dix ans, les tribunaux ont tenté de trancher au cas par cas, avec des résultats variables. En France, la Cour de cassation a rendu plusieurs arrêts requalifiant des “indépendants” en salariés, mais chaque décision concernait un cas isolé, et les plateformes adaptaient leurs contrats pour rester dans les clous.

La convention de l’OIT change la donne à un niveau plus profond : elle crée un standard international. Pour la première fois, des États s’engagent à garantir que, quel que soit le statut formel, un travailleur de plateforme doit avoir accès à des droits fondamentaux. C’est une reconnaissance diplomatique du fait que l’économie des plateformes n’est plus un épiphénomène, mais un pan entier de l’emploi mondial, qui concerne 154 millions de travailleurs à temps plein et jusqu’à 435 millions en incluant les activités secondaires, selon la Banque mondiale.

⚠️ Prudence : ne confondez pas adoption et entrée en vigueur

La convention a été adoptée le 12 juin 2026 par la Conférence internationale du travail. Mais elle n’est pas encore en vigueur. Pour qu’elle s’applique, il faut d’abord que deux États la ratifient. Ensuite, elle entrera en vigueur douze mois après ces ratifications. Et ce n’est qu’après la ratification nationale de chaque pays qu’elle s’appliquera sur son territoire, avec un nouveau délai de douze mois.

En clair, le texte ne changera rien pour les livreurs français avant au mieux 2027, et plus probablement 2028. Les plateformes ont donc encore du temps pour s’adapter. Mais l’horizon est fixé.

Autre point important : la convention n’est pas contraignante pour les plateformes. Elle s’impose aux États, qui doivent ensuite adapter leur droit national. Uber, Deliveroo et les autres ne sont pas obligés de l’appliquer directement, mais ils devront se conformer aux nouvelles lois nationales qui en découleront.

Comment Uber Eats et Deliveroo ont réagi

Officiellement, les plateformes se veulent rassurantes. Interrogé par BFM Tech, un porte-parole d’Uber rappelle que “de nombreux livreurs apprécient les avantages offerts par ce régime, puisque 69% d’entre eux ont indiqué qu’ils chercheraient une autre activité si ce régime venait à disparaître”. Un argument qui revient systématiquement dans la communication des plateformes : les travailleurs veulent être indépendants, et toute contrainte supplémentaire les pousserait vers le chômage.

En coulisses, c’est une autre musique. Selon les informations du Wall Street Journal, plusieurs grandes plateformes ont fait pression en amont sur leurs gouvernements pour amender le texte. Les États-Unis, où se trouvent les sièges d’Uber et de DoorDash, ont notamment demandé que la convention soit “appliquée de manière flexible, en fonction des contextes nationaux”. En cas de transposition trop stricte, certaines plateformes menacent de quitter les pays concernés, comme elles l’ont fait au Québec.

Côté syndicats, la satisfaction domine. Amanda Brown, vice-présidente du groupe des travailleurs de l’OIT, a parlé d’un “tournant historique” et d’une “réponse à des années d’abus et d’exploitation documentés”. En France, la CGT, FO et l’Union syndicale Solidaires ont salué l’adoption du texte, tout en rappelant que “le combat ne fait que commencer” et qu’il faudra rester vigilant sur la transposition.

Date Événement
2012 Lancement d’Uber en France, début du modèle “indépendant” pour les chauffeurs VTC.
2015-2020 Multiplication des arrêts de justice requalifiant des travailleurs “indépendants” en salariés en France, au Royaume-Uni, en Espagne.
2021 Premières discussions à l’OIT sur un texte spécifique aux plateformes, dans le sillage de la Convention 190 sur le harcèlement.
2024-2025 Directive européenne sur l’amélioration des conditions de travail des plateformes, transposée en France en 2025.
Mai 2026 Mise en demeure d’Uber Eats et Deliveroo par des associations et syndicats français pour exiger la transparence des algorithmes.
12 juin 2026 Adoption de la convention OIT à Genève par 406 voix pour, 8 contre, 36 abstentions.
2027-2028 Entrée en vigueur prévue après ratification par 2 États, puis transposition en droit national.

Concrètement, qu’est-ce que ça change pour un livreur français ?

Si vous êtes livreur Uber Eats ou Deliveroo en France, vous vous demandez peut-être ce que cette convention va changer dans votre quotidien. À court terme, pas grand-chose. Mais à moyen terme, les choses pourraient bouger sur plusieurs fronts concrets.

D’abord, sur la transparence des algorithmes. Aujourd’hui, vous savez que votre note de 4,7/5 est “bonne”, mais vous ne savez pas exactement comment elle est calculée, ni comment elle influence votre accès aux courses. La convention demande que ces critères soient communiqués aux travailleurs. Concrètement, cela pourrait signifier qu’Uber Eats devrait vous expliquer pourquoi une course vous a été attribuée plutôt qu’à un autre, ou pourquoi votre compte a été désactivé.

Ensuite, sur la protection sociale. Aujourd’hui, un livreur “indépendant” doit cotiser lui-même à l’assurance maladie, à la retraite, et au chômage. En cas d’accident de vélo, il n’est pas couvert par un régime spécifique. La convention demande que les États garantissent un accès effectif à la sécurité sociale, ce qui pourrait passer par une mutualisation des cotisations ou une prise en charge partagée avec la plateforme.

Enfin, sur la négociation collective. Aujourd’hui, il est très difficile pour des livreurs de se syndiquer ou de négocier collectivement avec Uber Eats, parce qu’ils sont juridiquement “indépendants”. La convention ouvre la voie à des négociations collectives, y compris pour des travailleurs classés en indépendants. En pratique, cela pourrait permettre la création de syndicats de livreurs représentatifs, ou la conclusion d’accords de branche.

📊 Les chiffres qui donnent la mesure du sujet

435 millions Travailleurs plateformes (monde)

Dont 154 millions à titre principal, selon la Banque mondiale (données 2023). Le chiffre augmente d’année en année.

200 000+ Livreurs et VTC en France

Estimation du nombre de livreurs, chauffeurs VTC et prestataires de plateformes en activité en France, dont une majorité à temps partiel.

7 890 € Plafond économie collaborative (BE)

En Belgique, le seuil de revenus en-deçà duquel un coursier reste sous le régime “P2P” (ni salarié ni indépendant), sans sécurité sociale.

406 / 8 / 36 Vote convention OIT 12/06

406 voix pour, 8 contre, 36 abstentions sur 450 votants. Les États-Unis ont freiné les négociations mais n’ont pas pu bloquer le texte.

24 mois Délai minimum d’application

12 mois après ratification par 2 États, puis 12 mois après ratification nationale. Au mieux 2027, plus probablement 2028 pour la France.

La France est-elle prête à transposer rapidement ?

C’est toute la question. La France a déjà transposé en 2025 la directive européenne sur l’amélioration des conditions de travail des plateformes, qui contient des dispositions proches de la convention OIT. Le code du travail français prévoit ainsi une présomption de salariat pour les VTC, et des obligations de transparence algorithmique pour toutes les plateformes. Mais la convention OIT va plus loin sur certains points, notamment sur l’accès à la négociation collective pour les indépendants.

Pour une transposition rapide, il faudrait que la France soit parmi les premiers États à ratifier. Cela aurait un signal politique fort, et cela permettrait d’anticiper les débats. Mais cela supposerait aussi d’affronter le lobby des plateformes, qui a déjà montré sa capacité à influencer les décisions. Au ministère du Travail, on nous indique que “la ratification est à l’étude”, sans s’engager sur un calendrier.

Pour les livreurs eux-mêmes, l’enjeu est de rester mobilisés. Le texte de l’OIT ne suffira pas, à lui seul, à changer les pratiques. Il faudra des transpositions concrètes, des contrôles, et probablement des arrêts de justice pour préciser les contours. Dix ans après l’émergence du modèle, la bataille juridique n’est pas terminée. Mais pour la première fois, les travailleurs des plateformes ont un texte international pour les appuyer.

Qu’est-ce que l’OIT, et pourquoi ses conventions comptent ?

L’Organisation internationale du travail (OIT) est une agence des Nations Unies créée en 1919, qui réunit des représentants des gouvernements, des employeurs et des syndicats de 187 États membres. Elle adopte des “conventions” qui fixent des standards minima en matière de droit du travail. Une fois ratifiées par un État, ces conventions l’engagent juridiquement et doivent être transposées dans son droit national.

Pourquoi cette convention est-elle “historique” ?

Parce que c’est la première fois qu’un texte international vise spécifiquement les travailleurs des plateformes numériques (Uber, Deliveroo, Bolt, etc.). Pendant dix ans, ces entreprises ont classé leurs travailleurs en “indépendants” pour échapper au droit du travail. La convention remet en cause ce modèle en demandant aux États de garantir un socle de droits, quel que soit le statut formel.

Quand la convention s’appliquera-t-elle concrètement ?

La convention a été adoptée le 12 juin 2026, mais elle n’est pas encore en vigueur. Pour qu’elle s’applique, il faut d’abord qu’au moins deux États la ratifient. Ensuite, elle entre en vigueur douze mois après ces ratifications. Et ce n’est qu’après la ratification nationale de chaque pays qu’elle s’applique sur son territoire, avec un nouveau délai de douze mois. Au mieux 2027, plus probablement 2028 pour la France.

Est-ce que ça change quelque chose pour mon statut de livreur ?

À court terme, non. La convention ne s’impose pas directement à vous ou à votre plateforme. Elle s’impose aux États, qui doivent ensuite adapter leur droit national. En France, la directive européenne de 2025 a déjà transposé certaines dispositions. La convention OIT pourrait aller plus loin, notamment sur la négociation collective, mais cela prendra du temps.

Uber Eats ou Deliveroo peuvent-ils quitter un pays si la loi change ?

Ils l’ont déjà fait. Au Québec, après une loi plus stricte sur le statut des livreurs, certaines plateformes ont réduit leur service ou modifié leurs conditions. Mais en général, elles restent présentes et s’adaptent, car quitter un marché signifie perdre des revenus. La menace de quitter est un levier de négociation, plus qu’une décision stratégique réelle.

Les États-Unis peuvent-ils bloquer la convention ?

Non. Les conventions de l’OIT sont adoptées à la majorité simple des délégués (gouvernements, employeurs, syndicats). Les États-Unis ont freiné les négociations et se sont abstenus, mais ils n’ont pas pu empêcher l’adoption. 406 voix pour, 8 contre, 36 abstentions : le texte est passé largement.

Que faire en tant que livreur pendant la transition ?

Vous pouvez rejoindre une organisation syndicale ou une association de livreurs, pour être mieux informé et défendu. Vous pouvez aussi garder une trace de vos revenus, de vos notes, et de toute décision de la plateforme qui vous semble abusive (désactivation, baisse de tarif). Ces éléments seront utiles en cas de litige ou de négociation collective.

🧠 Livreur ou client : connaissez-vous vraiment vos droits ?

1. Combien de travailleurs sont concernés par la convention OIT dans le monde ?

Le texte a été adopté. C'est un signal fort, mais le travail de transposition ne fait que commencer. Pour les 200 000 livreurs et chauffeurs français, le plus dur sera de transformer ce droit international en droits concrets, applicables au quotidien. C'est une affaire à suivre, et nous vous tiendrons informés des prochaines étapes : ratification, transposition, contrôles, jurisprudence.

Alexi Tauzin
Alexi Tauzin 🛡️ Éditeur & Expert Cyber

Fondateur d’alexitauzin.com, entrepreneur digital et spécialiste des technologies connectées. Il décrypte les enjeux de la souveraineté numérique, de la protection des données et de la sécurité informatique pour rendre la cyber-vigilance accessible à tous.

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