Quand un Français annonce à ses proches qu’il va épouser une femme ukrainienne, il entend souvent les mêmes remarques. « Elle cherche des papiers. » « Tu es sûr que ce n’est pas trop rapide ? » « Là-bas, les femmes veulent juste se marier. » Ces réflexions viennent rarement de gens qui connaissent vraiment le sujet.
Cet article fait le point sur trois choses : ce que demande l’administration, ce que votre future épouse et sa famille attendent probablement, et ce qui relève du cliché.
Se marier en France : le dossier à préparer
Le mariage se célèbre à la mairie de la commune où l’un de vous deux a son domicile ou sa résidence, ou bien celle d’un de vos parents. Le dossier se retire en mairie ou sur le site de la commune, et il varie un peu d’une ville à l’autre. On vous demandera en général :
- un acte de naissance pour chacun. Pour votre future épouse, il faudra souvent une copie récente de son acte ukrainien, apostillée et traduite par un traducteur assermenté en France ;
- une pièce d’identité et un justificatif de domicile ;
- les informations sur vos témoins, au moins deux et au plus quatre ;
- pour la partie ukrainienne, un certificat de coutume et un certificat de célibat, que délivre le consulat d’Ukraine en France.
Comptez large. Entre la demande des documents en Ukraine, l’apostille et la traduction, il faut parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois si les archives d’état civil de sa ville de naissance ont été touchées par la guerre. Dans ce cas, le consulat peut vous indiquer les solutions possibles.
Une fois le dossier déposé, la mairie publie les bans pendant dix jours. Pour un couple binational, l’officier d’état civil peut aussi vous recevoir en audition, ensemble ou séparément. Ce n’est pas une accusation. La procédure sert à vérifier que le consentement est réel, et elle se passe en général très simplement quand le couple l’est.
Se marier en Ukraine : ce qu’il ne faut pas oublier
Certains couples préfèrent se marier en Ukraine, près de la famille de la mariée. C’est possible, mais il y a une étape à ne pas rater : avant le mariage, vous devez demander un certificat de capacité à mariage auprès de l’ambassade de France à Kyiv. Après la cérémonie, le mariage doit être transcrit sur les registres de l’état civil français, au Service central d’état civil de Nantes. La transcription rend le mariage opposable aux tiers en France. Sans elle, un mariage valablement célébré produit néanmoins ses effets civils à l’égard des époux et des enfants.
Après le mariage : séjour et nationalité
C’est ici que circulent le plus d’idées fausses. Se marier avec un Français ne donne pas automatiquement la nationalité française. Votre épouse pourra demander un titre de séjour en tant que conjointe de Français. Ensuite, sous conditions de durée de mariage, de vie commune et de niveau de français, elle pourra demander la nationalité par déclaration après plusieurs années. Les règles évoluent régulièrement : vérifiez-les sur service-public.fr ou auprès de la préfecture au moment où vous en aurez besoin.
Beaucoup de femmes ukrainiennes qui vivent déjà en France disposent par ailleurs d’une protection temporaire. Pour elles, le mariage n’a rien d’un passage obligé pour rester.
Un dernier point que l’on néglige souvent : le régime matrimonial. Sans contrat de mariage, c’est la communauté réduite aux acquêts qui s’applique en France. Pour un couple dont les biens, la famille ou l’avenir sont partagés entre deux pays, un rendez-vous chez le notaire avant le mariage peut éviter bien des complications.
Ce que votre future épouse attend probablement
Que sa famille ait sa place
En Ukraine, le mariage concerne rarement le couple seul. Les parents, la grand-mère, les tantes ont leur mot à dire, ou au moins s’attendent à être présents. Si la famille ne peut pas voyager, prévoyez une seconde fête en Ukraine ou dans un pays voisin, ou au minimum une vraie présence en vidéo. Votre épouse vous en sera reconnaissante longtemps.
Quelques traditions
Vous entendrez peut-être parler du rouchnyk, la serviette brodée sur laquelle les mariés se tiennent pendant la cérémonie, ou du korovaï, le grand pain décoré que l’on partage. Personne ne vous demandera d’en faire un spectacle, mais montrer que ces symboles vous intéressent fait toujours plaisir.
Certaines souhaitent aussi une cérémonie religieuse, souvent orthodoxe ou gréco-catholique. En France, elle ne peut avoir lieu qu’après le mariage civil à la mairie.
Un projet de vie concret
Où allez-vous vivre ? Que fera-t-elle professionnellement ? Comment ses enfants, si elle en a, trouveront-ils leur place ? Une femme ukrainienne qui s’engage dans un mariage à l’étranger mesure ce qu’elle laisse derrière elle. Elle attendra des réponses claires à ces questions, et elle aura raison.
Les idées reçues qui ont la vie dure
« Elle se marie pour les papiers. » Cela existe, comme dans tous les mariages binationaux. Mais ce n’est ni la règle ni le cas général, et la procédure française comprend justement des vérifications prévues pour ce risque. Le meilleur indicateur reste le temps : un couple qui s’est vu, a voyagé ensemble et a rencontré les deux familles avant de se marier se pose rarement cette question.
« Elle sera une épouse traditionnelle. » Certaines femmes ukrainiennes accordent beaucoup d’importance au foyer, d’autres pas du tout. Beaucoup travaillent, ont fait des études et comptent bien continuer. Épouser quelqu’un en se fondant sur un stéréotype, c’est prendre le risque d’être déçu par une personne réelle.
« Un grand écart d’âge, là-bas, c’est normal. » Il est sans doute un peu plus accepté qu’en France, mais il n’a rien d’automatique. Une différence de vingt ans pose les mêmes questions à Kyiv qu’à Lyon.
« Tout se fait très vite. » Les mariages précipités existent partout. Les couples franco-ukrainiens qui durent ont souvent pris leur temps, ne serait-ce que parce que la distance et les démarches les y obligent.
Pour aller plus loin
Si vous en êtes encore au début de la rencontre, le guide d’Ukreine sur le mariage avec une femme de l’Est aborde les questions que se posent la plupart des couples avant de s’engager. Pour les démarches administratives, la référence reste votre mairie, le consulat d’Ukraine et service-public.fr.
Épouser une femme ukrainienne ne demande pas plus de courage qu’un autre mariage. Il faut un peu plus de paperasse, beaucoup de patience, et l’envie sincère de faire une place à une autre culture dans votre vie.